Ouverture.
24 ans, automne.
Musique techno, jeux de lumières. La boite est presque vide, enfin la piste techno l'est.Tout le monde est à l'étage, ambiance 70's attractive.
J'ai fermé les yeux, pour mieux vivre et ressentir les pulsations... Je ferme toujours les yeux en dansant. J'ouvre les yeux... sur une nouvelle vie...
Je suis né ce soir là. A 24 ans...
Jusqu'ici, ma vie est un mélange de moments désordonnés qui se télescopent. Un film en accéléré, rempli de rires, de douleur, de douceur, de haine. De haine de moi beaucoup. Un subtil croisement entre Peter Pan et les Nuits Fauves... Un tourbillon, comme les volutes de la fumée de ces cigarettes que j'aime fumer le soir. Assis, seul sur le sol de ma chambre, au bord de la porte-fenêtre. Masqué par l'arbre qui me cache des ombres qui passent dans la rue, et qui ne se doutent pas que je reconstruis mon univers à la douceur de ces nuits de printemps. Les Nuits Fauves d'un félin aux griffes trop courtes.
Les battements de la musique couvrent ceux, insignifiants, de mon c½ur. Seul ou presque sur une piste de danse, entre une cage métallique et des miroirs qui multiplient les effets lumineux. Je ne sais pas si j'aime cette ambiance, c'est nouveau pour moi.
Jusqu'ici, je n'ai été personne dans les yeux d'un autre.
Mon regard croise un regard. Intense... Ce mec est beau. Grand, blond, halé... Ce qui me surprend, c'est qu'il puisse fixer quelque chose ou quelqu'un avec une telle profondeur. Curieux, je me retourne pour voir ce qui l'attire ainsi. Derrière moi, il n'y a qu'un mur... Je me retourne vers lui étonné. Sur son visage d'ange, un sourire. Pour moi ? Pourquoi ? Je ne suis personne, une ombre sur laquelle les années sont passées sans laisser autre chose que des souvenirs...
Le bel inconnu s'éloigne... il disparait dans le patio à ciel ouvert qui agrémente le club, où il fait bon aller chercher un peu de sérénité au cours de ces soirées où la musique assourdit au bout d'un moment.
J'ai du rêver... J'aime bien ces rêves éveillés... ils s'impriment en moi et me donnent la force d'avancer dans mon univers trop vide. J'aime l'idée que ce regard aurait pu être pour moi... J'aurais pu y avoir droit, si seulement j'avais du charme, si on m'avait renvoyé un tel regard au moins une fois... Mais jusqu'ici, je n'ai été que « gros lard », ou « sale pédé »... alors... Bon, c'est vrai que j'ai changé depuis le début de l'année... J'ai commencé à prendre les choses en mains. J'ai arrêté de passer d'un job sans intérêt à un autre pour m'inscrire à la fac. J'ai perdu 36 kilos. Etrange sensation d'ailleurs. Avant je n'étais personne, et aujourd'hui, les gens passent à coté de moi sans me reconnaître... A quoi ça sert de faire des efforts ? Tant pis, je continuerai à penser que ce regard et ce sourire étaient pour moi. Et puis il a eu une bonne idée le beau gosse d'aller prendre l'air, je vais en faire autant, trop chaud, trop bruyant. Détour par le bar, puis m'assoir sur un banc à coté des palmiers.
Il est beau mais étrange ce garçon, pourquoi est-ce que j'ai à nouveau la sensation qu'il me sourit en s'avançant vers moi ?