Osiris ? Prologue

Osiris ? Prologue
J'ai 40 ans...
Les années filent entre mes doigts comme du sable...
Ai-je vécu ma vie ?
L'ai-je révée... ?
Un peu des deux sans doute.
Une vie pas toujours aussi limpide que je l'aurais voulu... mais j'aime ce qu'elle a fait de moi aujourd'hui.
Une vie en clair-obscur...
Il y a des souvenirs qui s'imposent, d'autres que le temps ou ma volonté estompent...
Les mots qui suivront laisseront des traces de moi, ils marqueront le présent ou s'envoleront...
Mais ils ont été !
Peut-être...
# Posté le samedi 22 décembre 2007 03:42
Modifié le mardi 22 janvier 2008 14:19

Osiris ? 1.

Ouverture.
24 ans, automne.
Musique techno, jeux de lumières. La boite est presque vide, enfin la piste techno l'est.Tout le monde est à l'étage, ambiance 70's attractive.
J'ai fermé les yeux, pour mieux vivre et ressentir les pulsations... Je ferme toujours les yeux en dansant. J'ouvre les yeux... sur une nouvelle vie...
Je suis né ce soir là. A 24 ans...
Jusqu'ici, ma vie est un mélange de moments désordonnés qui se télescopent. Un film en accéléré, rempli de rires, de douleur, de douceur, de haine. De haine de moi beaucoup. Un subtil croisement entre Peter Pan et les Nuits Fauves... Un tourbillon, comme les volutes de la fumée de ces cigarettes que j'aime fumer le soir. Assis, seul sur le sol de ma chambre, au bord de la porte-fenêtre. Masqué par l'arbre qui me cache des ombres qui passent dans la rue, et qui ne se doutent pas que je reconstruis mon univers à la douceur de ces nuits de printemps. Les Nuits Fauves d'un félin aux griffes trop courtes.
Les battements de la musique couvrent ceux, insignifiants, de mon c½ur. Seul ou presque sur une piste de danse, entre une cage métallique et des miroirs qui multiplient les effets lumineux. Je ne sais pas si j'aime cette ambiance, c'est nouveau pour moi.
Jusqu'ici, je n'ai été personne dans les yeux d'un autre.
Mon regard croise un regard. Intense... Ce mec est beau. Grand, blond, halé... Ce qui me surprend, c'est qu'il puisse fixer quelque chose ou quelqu'un avec une telle profondeur. Curieux, je me retourne pour voir ce qui l'attire ainsi. Derrière moi, il n'y a qu'un mur... Je me retourne vers lui étonné. Sur son visage d'ange, un sourire. Pour moi ? Pourquoi ? Je ne suis personne, une ombre sur laquelle les années sont passées sans laisser autre chose que des souvenirs...
Le bel inconnu s'éloigne... il disparait dans le patio à ciel ouvert qui agrémente le club, où il fait bon aller chercher un peu de sérénité au cours de ces soirées où la musique assourdit au bout d'un moment.
J'ai du rêver... J'aime bien ces rêves éveillés... ils s'impriment en moi et me donnent la force d'avancer dans mon univers trop vide. J'aime l'idée que ce regard aurait pu être pour moi... J'aurais pu y avoir droit, si seulement j'avais du charme, si on m'avait renvoyé un tel regard au moins une fois... Mais jusqu'ici, je n'ai été que « gros lard », ou « sale pédé »... alors... Bon, c'est vrai que j'ai changé depuis le début de l'année... J'ai commencé à prendre les choses en mains. J'ai arrêté de passer d'un job sans intérêt à un autre pour m'inscrire à la fac. J'ai perdu 36 kilos. Etrange sensation d'ailleurs. Avant je n'étais personne, et aujourd'hui, les gens passent à coté de moi sans me reconnaître... A quoi ça sert de faire des efforts ? Tant pis, je continuerai à penser que ce regard et ce sourire étaient pour moi. Et puis il a eu une bonne idée le beau gosse d'aller prendre l'air, je vais en faire autant, trop chaud, trop bruyant. Détour par le bar, puis m'assoir sur un banc à coté des palmiers.
Il est beau mais étrange ce garçon, pourquoi est-ce que j'ai à nouveau la sensation qu'il me sourit en s'avançant vers moi ?
# Posté le samedi 22 décembre 2007 03:46
Modifié le mardi 22 janvier 2008 14:18

Osiris ? 2.

Osiris ?      2.
J'aime cet endroit.
Ce club entre ville et plage est « Le » lieu où tous les jeunes gays de la région se retrouvent chaque week-end. Je l'ai découvert depuis peu. Mon inscription en fac est le moment ou j'ai décidé de vivre ma vie, d'assumer qui je suis. Jusqu'ici, j'ai zoné dans les lieux de drague un peu glauques... Des plans foireux, qui ne m'ont pas donné une image positive, ni de moi, ni du milieu...
Ici, je me perds parmi les autres... Les mecs sont plutôt sympas, j'ai rencontré quelques personnes avec qui on a pas mal discuté. Le sexe n'est donc pas l'unique but des homos... rassurant !
Lui, le beau mec qui semble aussi gauche que moi, qui hésite sans savoir s'il doit m'aborder, que cherche-t-il ? En tout cas, si mon rythme cardiaque s'est accéléré, ce n'est plus à cause des basses crachées par les enceintes.
On joue au chat et à la souris. Nos regards se croisent. Nos pas nous éloignent et nous rapprochent. Mais la distance est toujours là. Est-ce que je dois aller lui parler ?
Draguer dans un parc, c'est une chose, un regard, et on sait ce que l'autre attend. Quelques minutes de plaisir volé, de sexe sans paroles, sans prénom, sans implication... Fadeur garantie...
Mais comment se lancer pour parler quand une émotion nous plante un poignard dans le ventre ? Peur de se planter...
Ca y est... je me suis planté ! Il a disparu le bel inconnu... Pour qui est-ce que je me suis pris ? Qu'est-ce que je croyais ? Comme si un mec comme lui pouvait s'intéresser à moi !
Bon, et bien je vais retourner danser, histoire de rentabiliser ma soirée...
Détour par la salle du haut. Bondée.
Ici, c'est plus pop. Les mecs sont survoltés. Ils ne chantent pas, ils hurlent ! Les corps dénudés luisent de sueur. J'aime m'oublier dans ce déchainement. Après tout, ma nouvelle silhouette attire quelques regards. Espoir...
Le Club me facine. En quelques semaines, il est devenu l'incontournable rendez-vous de mes fins de semaines. Une piste techno, métal et verre de rigueur. Une piste pop, plus douillette... billards, et des mecs jeunes et bronzés tant qu'on en veut... enfin, pour les yeux, parce que pas dans ma vie ni dans mon lit...
Les minutes s'écoulent, la fatigue me gagne. Un verre à la main, je vais aller refaire surface dans le patio.
« salut ».
Je n'y crois pas ! Sa main s'est pausée sur mon épaule, son sourire est toujours aussi envoutant ! Il est là, son regard rivé au mien. Et d'où vient cet accent chantant que j'entends pour la première fois ? Mon c½ur va-t-il se remettre à battre normalement pour que je puisse lui répondre ? Eh, secoue-toi mec ! Ne reste pas planté la comme un con !
# Posté le samedi 22 décembre 2007 03:48
Modifié le mardi 22 janvier 2008 14:18

Osiris ? 3.

Osiris ?      3.
La musique ne bat plus...
Mon c½ur, mes oreilles sont sourds à tout le bruit qui m'entoure...
Mes yeux n'enregistrent plus d'effets de lumière
Je baigne dans une torpeur étrange. Hors du temps.
J'ai un n½ud terrible dans le ventre. Je dois être mort ! Plus rien ne m'atteint, sauf...
Un regard, un sourire.
Combien de temps suis-je resté muet ? Immobile ?
Depuis quand dois-je avoir un air stupide ? Cette éternité à du être brève, puisqu'il est toujours là, sa main sur mon épaule...
Dans un brouillard épais, je bredouille « salut ». Mais qu'est-ce qui m'arrive ?
Un torrent de bruit m'assourdit soudain. « Quoi ? » Les lèvres du bel inconnu ont bougé, mais je n'ai rien entendu ! Les décibels ont repris leurs droits, et je peux bouger à nouveau.
Il me montre le patio derrière nous.
Combien de temps avons-nous passé là ? Je ne sais pas, je ne l'ai jamais su... Une trop courte éternité...
- Je suis Julien, et toi ?
- Philippe.
- Bonjour Philippe.
- Bonjour Julien.
- Tu viens souvent ici ?
- Ca fait pas très longtemps en fait...
- Je ne t'ai jamais vu.
- Moi non plus, je m'en souviendrais
Mais comment peut-il avoir ce sourire ? Ce n'est pas possible, il vient d'une autre planète !
-Tu viens d'où ? ton accent...
- je suis du Brésil.
- ah, d'accord. Tu fais quoi ici ?
- je viens finir mes études.
- tu parles bien français
- non, je fais des fautes... mes parents sont Français, mais je suis né et j'ai grandi au Brésil.
Il me parle de son enfance dans ce pays si lointain qui m'a toujours fait rêver. C'est vrai qu'il fait des fautes, mais c'est charmant ! Et il ne parle pas, il chante ! Un verre, cigarettes... la soirée est bien avancée.
Nos mains se frôlent parfois. Est-ce voulu ? Je ne comprends pas pourquoi il me parle à moi, vu tous les mecs cannons qui sont au Club ce soir...
Il se penche vers moi. Ses lèvres effleurent les miennes puis il me glisse à l'oreille : « tu veux venir chez moi ? ».
Ce baiser si doux, si rapide... oh oui, je crois que je te suivrais n'importe où ! Surtout, ne disparais pas ! Pas après ça, pas après m'avoir éveillé à l'envie, à la vie !
La nuit est douce sur le parking du Club
-Tu habites où ?
- Près de l'Hôtel de région. Tu me suis ?
- Oui, tu es garé où ?
- Heu, je n'ai pas de voiture... j'ai une mobylette.
- ah, heu, oui, pas de problème.
Un peu surréaliste... C'est la première fois que je rentre avec quelqu'un, chez quelqu'un... et je suis le prince charmant à 40 à l'heure... Pourquoi pas...
Il loue un petit appartement au rez-de-chaussée d'une villa. Petit jardin, calme. Il me fait visiter, vite fait, deux petites pièces. Mais c'est agréable.
Jeu de regards et sourires complices. Parler est inutile. Ses vêtements ont glissé au sol. Si je rêve, ne me réveillez pas ! Il est d'une beauté qui me coupe le souffle. Grand, fin, la peau dorée par un soleil tropical.
Il me tend la main et, lentement, m'entraine vers le lit...
# Posté le samedi 22 décembre 2007 03:52
Modifié le mardi 22 janvier 2008 14:17

Osiris ? 4.

J'ouvre les yeux.
Expérience nouvelle, exquise.
Se tourner et sourire à un visage qui sourit. Ne pas être seul le matin.
Je glisse mon bras sous son cou pour l'attirer vers moi, en douceur.
En douceur et en tendresse. Comme cette nuit l'a été.
Nous nous sommes noyés dans nos regards. Nos mains n'ont pas triché, nos caresses n'ont pas menti.
Julien est un ange tombé du ciel. Il est un inattendu que j'attendais sans le savoir.
Alors c'est comme ça... La sensualité a l'état pur. Pas la sexualité..., plus tard, s'il doit y avoir un plus tard...
Cette nuit trop courte a été un mirage, ou le souffle de ses baisers m'a réchauffé le corps et le c½ur.
Inédit sans interdit. Explorer chaque centimètre de son corps de mes mains. Sentir ses lèvres m'éveiller les sens. Douce extase du désir, du plaisir, de l'envie de chuchoter, de hurler à chaque sensation nouvelle dont je ne soupçonnais même pas qu'il était possible de la vivre. Je ne savais même pas que plaisir et bonheur pouvaient être si intimement liés.
Hier, je ne savais pas qu'il y avait un lieu simple dont je n'oublierais jamais l'existence, parce que c'est là que j'ai enfin commencé à exister.
Mon ange me regarde avec tendresse. Est-ce que c'est ça un coup de foudre ? Je ne sais pas. Ce dont je suis sur, c'est que s'il disparait, ma vie disparait aussi.
J'ai peur, j'ai si peur.
Peur de ce qui va se passer, ou pas.
Peur d'avoir mal.
Peur d'être déchiré, que d'un mot, il me dise adieu, qu'il déchire cette page blanche où j'ai enfin envie d'écrire des mots, d'écrire ma vie.
Ma vie pas sans lui.
Le passé de douleur, le passé sans saveur, le passé de solitude vole en éclat.
Je le regarde, avec toute la force de cette envie qu'il y ait un lendemain. Au moins un. Avec l'espoir que lui aussi partage un peu la douce violence qui vient de dévaster mon c½ur.
Je ne sais pas quoi dire.
Je n'ose pas bouger.
Si j'arrête de le regarder, que va-t-il se passer ?
Etre si heureux, être si bien, avoir tant découvert, tant obtenu.
Confiance en moi ? C'est quoi ça ? Je n'ai aucune raison d'avoir confiance en moi.
Je ne peux qu'avoir confiance en lui.
« Tu veux un café ? »
Oh oui, je veux bien un café !
Si tu savais à quel point ces mots d'une simplicité totale prouvent que tout cela est réel !
Si tu savais...
Et sentir ses muscles vibrer, son corps glisser le long du mien. Le regarder quitter la chambre, croiser son regard lorsqu'il se tourne vers moi... Y lire la douceur que je ressens moi aussi.
Et si toi aussi tu partageais le même bien-être que moi beau Julien ?
Et si toi aussi tu avais envie qu'il y ait un aujourd'hui... et un demain ?
# Posté le samedi 22 décembre 2007 03:53
Modifié le mardi 22 janvier 2008 14:16